Le dîner de cons

Le dîner de cons

 

 “Il y a un diner très important ce soir. Un diner de cons.  Vous ne connaissez peut-être pas le principe :  tous les 4 ans, les représentants du gouvernement doivent amener un con à voter.  Les cons ne savent pas bien sûr pourquoi on les a sélectionnés et le jeu consiste à les faire parler et ultimement à voter. Y parait que c’est très drôle.  Mais ça ne me fait pas rigoler du tout alors j’écris.”

Je ne crois pas apporter la solution à court terme aujourd’hui, mais je profite néanmoins de votre attention pour vous sensibiliser aux dangers des raccourcis intellectuels utilisés par les politiciens.

 

Pourquoi des cons au juste ?

Un des problèmes actuellement au Québec est que les politiciens mettent tellement l’accent sur l’image que les élections ne deviennent ni plus ni moins qu’une soirée des Oscars.  Et nous on les encourage à continuer, ou plutôt on s’abstient d’exiger davantage.  Les partis s’affairent à se donner une couleur et ensuite tentent de vous convaincre qu’elle vous irait à merveille.

Prenez les soirées de débats par exemple.  Un politicien A pose une question à B.  B, plutôt que de lui répondre, répète les mots clés de son programme électoral et/ou profite de l’occasion pour rappeler un des mauvais coups de A alors qu’il était en situation de pouvoir.  Dans le cas qui nous intéresse, on peut penser à Jean Charest qui martèle les médias de sa “plateforme électorale” (si on peut l’appeler ainsi), comme quoi le PLQ est un vote pour la stabilité et la croissance, et ce, peu importe la question posée.

Pourtant, les débats pognent! Et on aime déclarer un vainqueur en fonction de l’image projetée.  Je rêve du jour où les débats serviront à débattre, où les gens vont exiger que les politiciens répondent réellement aux questions plutôt que d’alambiquer ou de sursimplifier leurs idées.

Les partis s’assurent de vouloir donner l’illusion de contrôle au peuple en évoquant souvent l’idée selon laquelle “les gens décideront le soir du 4 septembre” ce qu’ils ont décidé.  On nous l’a souvent ramenée celle-là concernant la hausse des frais de scolarité.  Par contre, réalisez-vous que cet en jeu n’est qu’un seul enjeu parmi des dizaines d’autres?  Nous ne possédons qu’un vote, pas 10.  D’insinuer que nous allons devoir baser notre choix sur un seul élément montre déjà à quel point les politiciens n’ont pas beaucoup en estime l’intelligence des gens.  Elle démontre aussi comment les politiciens sont capables d’utiliser des mesures high profile qui ne représentent qu’un faible pourcentage du budget pour prendre en otage la population.  On amène l’idée de voter pour un parti en fonction d’une mesure qui touche une corde sensible et ceci leur permet de pouvoir ensuite donner libre cours à leurs fantaisies de gestionnaires pour d’autres mesures plus dans l’ombre.  Bien que ce soit au fédéral, nous n’avons qu’à penser au projet de loi C-38 qui est passé incognito cet été pour illustrer mon point.  Le C-quoi?  http://www.lapresse.ca/le-soleil/opinions/editoriaux/201206/14/01-4535074-projet-de-loi-c-38-la-grande-noirceur.php

 

Un procédé abondamment utilisé par les partis principaux (PLQ, PQ, CAQ) est d’utiliser les gens comme porteurs de la bonne nouvelle.  Les électeurs (du moins ceux qui participent) aiment faire partie d’un groupe.  Une fois qu’on a trouvé notre équipe, on tente de convaincre les autres autour de nous du bien-fondé de nos conclusions.  On se veut partisan proportionnellement à nos adversaires immédiats.  Reprenons l’exemple de la hausse des frais de scolarité.  Pour “savoir” à quelle intensité on doit se battre pour faire valoir nos idées, généralement, on crie autant ou sinon plus fort que notre adversaire.  Celui-ci fera de même jusqu’à ce qu’un point de saturation soit atteint.  Jusqu’ici, aucun problème dans la mesure où il y a un dialogue.  Le problème à mon avis est justement la partisannerie.  Et là où les politiciens sont en partie responsables du problème, c’est qu’ils vont répéter les mots clés over and over pour donner des munitions à leurs soldats.  Ainsi, plutôt que d’écouter les idées de l’autre, on attend son tour pour donner les nôtres.  Plutôt que de chercher à avancer dans le débat, les gens se cristallisent de plus en plus dans leur position.  D’ailleurs, je ne sais pas d’où viennent les stratèges politiques, mais ils devraient peut-être réviser leurs approches.  Qu’est-ce que ça serait pour un parti d’être capable d’admettre qu’une idée d’un autre parti est bonne, et ce, même en pleine période électorale?  Si l’idée est bonne, rien n’empêche ledit parti de l’ajouter à sa plateforme après tout.

Ce qui est dommage avec la politique, c’est qu’on vote pour des raisons qui nous sont propres.  Certains vont voter pour le candidat, d’autres pour le parti et d’autres tout simplement pour des mesures en particulier qui les avantage.  Personne n’a tort ou raison, le système est ainsi fait.  Ceci dit, ce que je déplore, c’est le fait que plusieurs personnes vont voter pour un parti en tant que parti pour ensuite justifier leur choix en récitant les idées du parti.  C’est prendre le problème à l’envers.  C’est comme si vous décidiez dans un catalogue quelle fille ( ou gars) vous désirez pour ensuite justifier votre choix en lui trouvant des qualités a posteriori.  Romance, quand tu nous tiens.  On a connu des histoires d’amour plus solides que ça…

 

On est des cons parce qu’on accepte de lire des idées sursimplifiées.  “Voter pour le PQ, c’est voter pour le référendum”.  “Voter pour la CAQ, c’est voter pour l’instabilité”.  “Voter pour le PLQ, c’est voter pour la corruption”.  Si seulement c’était si simple.  S’informer est exigeant en temps et en focus.  Les politiciens le savent. Ils s’assurent de maintenir le niveau à son plus bas parce que c’est plus facile à gérer pour eux.  Nul besoin d’être compétent, de toute façon la population a la mémoire d’un poisson rouge et n’a pas vraiment le temps de passer deux heures par jour à analyser leurs faits et gestes.  Nul besoin de respecter ses engagements parce qu’au final, les gens voteront quand même pour les prochaines promesses.

À savoir pourquoi il y a autant de cyniques qui ne votent pas, je crois qu’ultimement, deux des grands coupables sont la désinformation et le désintérêt du public.  Comme les gens ont tendance à ne s’intéresser qu’aux grandes lignes et qu’ils ne tiennent pas à y consacrer davantage de temps, les politiciens ont le beau jeu d’en passer des p’tites vites, paaaas mal de p’tites vites.  Ils l’ont fait et ils le font encore parce qu’ils en ont la possibilité.  Les cyniques quant à eux finissent par se dire que de toute façon, on ne choisit rien parce que les politiciens ne sont même pas tenus de respecter leurs engagements.

 

Le parti au pouvoir

Les mandats ont une durée d’environ quatre ans.  Les mesures adoptées par le gouvernement sont rarement beaucoup plus longues.  On prend des décisions à tendance court-moyen termes (surtout court) parce que c’est ce qui permet d’obtenir plus d’appuis au terme du mandat.  C’est donc dire que la tendance est au patchage plutôt qu’à la prévention.  Et pour cause, l’électeur moyen est trop con pour faire la part des choses.  On veut un gouvernement qui annonce un budget équilibré plutôt que d’accepter qu’il puisse être déficitaire pour un temps pour des raisons de meilleure gestion avec une vision à plus long terme.

Les deux dernières années au mandat sont particulièrement pénibles pour l’électeur aguerri.  En effet, celles-ci servent à s’assurer de la belle parure du parti : début du bilan, promesses pour le futur, etc.

Également, durant la période électorale, ce parti va inévitablement amener la question de la stabilité.  Grosso modo, si vous avez appris à accepter la situation des dernières années, vous serez heureux d’apprendre que rien ne changera pour vous si vous maintenir le pouvoir actuel en place.   On insinue également qu’il serait mieux de les laisser terminer ce qu’ils ont commencé.  Et vous savez quoi?  Ça fonctionne souvent!

 

L’opposition officielle

L’opposition officielle agit ni plus ni moins comme un chien de garde.  Son mandat consiste à grogner, mais comme elle lorgne le pouvoir – pouvoir accessible – elle le fait de façon à dépeindre le pouvoir officiel comme une bande d’incapables.  Du coup, elle insinue posséder dans son équipe de meilleurs gestionnaires et de meilleurs penseurs.  Je les soupçonne d’être des gens malheureux tellement ils font dans le négativisme.

 

L’opposition en devenir

Bienvenue à la CAQ : le parti où on tire sur tout ce qui bouge.  Le concept est relativement simple.  On rassemble quelques idées marteaux pour asséner de violents coups sur le pouvoir et l’opposition.  On évoque le changement parce qu’on sent – par opportunisme – qu’il y aura beaucoup de gens pour voter en contestation des vieux dinosaures en place depuis déjà trop longtemps.

Évidemment, suffit de creuser un peu pour se rendre compte que ça ne vole pas très haut.  Les idées, en une seule ligne, semblent avoir du sens.  Par contre, passé 1-2 paragraphes, on les sent rapidement débordés par la question.  Ceci dit, je ne dis pas que leurs idées sont dénuées de sens.  Elles sont simplement – pour l’instant – à court d’explications.

À noter que 14 représentants de la CAQ ont déjà fait faillite et espèrent gérer notre État.  On repassera pour le CV glorieux de gestionnaire…

 

Les partis plus marginaux

On pense ici à Québec Solidaire, Parti Vert ou l’Option Nationale.  En fait, ce sont les principaux partis marginaux.  Ils sont 20 (incluant PLQ, PQ, CAQ) à se présenter aux élections 2012 si je ne m’abuse.  Les gros partis se font un plaisir de parfois les ignorer, parfois les diaboliser et d’autres fois tout simplement de les ridiculiser.  En fait, on les ignore jusqu’à ce qu’ils fassent suffisamment de bruit pour attirer l’attention.  On ne les prend pas au sérieux parce qu’ils n’auront pas la balance du pouvoir de toute façon.  Également, comme il n’existe pas au Québec de système de représentation proportionnelle, on sait qu’ils n’auront jamais vraiment de siège (à part peut-être un ou deux).  On les traite en minus pour qu’ils demeurent minus.

Ce que plusieurs ne semblent pas saisir hélas, c’est que ces partis, bien qu’ils soient souvent fondamentalement plus dans les extrêmes au niveau de leurs idées, sont nécessaires à une société en santé.  Ces partis sont là parce qu’ils ne se sentent pas concernés par les prises de position centralisées des partis mainstream.  Comme ils n’auront pas le pouvoir, ils se permettent de pouvoir proposer des trucs qui sont parfois inapplicables dans le pratico-pratique.  Ceci dit, je crois qu’ils le font pour ouvrir le débat.  En proposant un extrême, les gens discutent davantage et une certaine “négociation intellectuelle” a lieu.  Connaître les extrêmes, c’est rappeler que les balises vont plus loin que celles proposées par les principaux partis et du coup ça modifie la perception des électeurs (informés!).

J’ai déjà écrit à quelque part ailleurs dans ce blog comme quoi j’étais d’avis que la démocratie était illusoire et que voter était un droit plutôt qu’un devoir.  Ceci dit, j’ai sans doute omis d’écrire que s’il existe un devoir (moral), c’est celui de s’informer.  J’irais encore plus loin aujourd’hui.  Je crois qu’au-delà de s’informer, il faut chercher à aider les gens qu’on juge moins informés, leur donner des ressources accessibles afin de leur permettre d’avoir un jugement plus éclairé.  Il faut aussi chercher à s’informer auprès des gens plus ferrés que nous sur certains points peut-être plus obscurs.  L’idée ici n’est pas de s’évaluer par rapport aux autres, il ne s’agit pas d’un concours de connaissances.  C’est davantage dans l’optique où il faut partager le plus d’information possible.  À cet égard, les média 2.0 sont d’excellents véhicules pour rejoindre les plus récalcitrants.  C’est en s’entraidant que nous pourrons rehausser le débat et c’est en exigeant plus de comptes à rendre à nos politiciens que nous pourrons les faire travailler pour nous.

Bon dîner.

 

 

 

P.S. : Ma contribution pour le partage d’information : pour ceux qui ne seraient pas déjà au courant, une bonne façon de savoir quels partis rejoignent vos valeurs et choix pour la société http://www.radio-canada.ca/sujet/elections-quebec-2012/2012/05/04/001-interactif-boussole-electorale.shtml.  Non seulement vous pouvez voir votre tendance, mais le site comporte également un outil de comparaison entre vos réponses aux questions et les réponses des principaux partis politiques.

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