Triche or Treat

Triche or Treat

Certains cyniques diront qu’un 3 novembre est synonyme du début du temps des fêtes, mais je me permets néanmoins de rester dans l’esprit des esprits et d’écrire un article à saveur d’Halloween.

Retour au début des années ’90, à une époque où j’en connaissais probablement plus sur la Transylvanie que sur la Pennsylvanie.  Chaque année, l’Halloween amenait son lot de fébrilité, en tout cas pour nous les enfants.  Pour certains, c’était le bonheur de se déguiser. Pour d’autres – comme moi – c’était surtout l’occasion de faire la meilleure récolte possible de bonbons.  La quantité avant la qualité.  À mes dernières années en carrière d’Halloweeneux, le costume aurait bien pu être facultatif que je n’en n’aurais pas fait de cas.

Cela dit, il fallait bien jouer le jeu, j’allais donc devoir me costumer.  Bien avant que True Blood ne vienne hypersexualiser le concept, j’avais toujours été fasciné par les vampires.  Peut-être à cause d’une de mes émissions fétiches de l’époque – Le petit vampire (http://youtu.be/SmK8Lss_AWA) – peut-être aussi parce qu’ils avaient leurs propres règles, qu’ils semblaient intouchables, qui sait.  Le choix devenait facile, d’autant plus que ça allait être simple à faire; un peu de maquillage blanc, du faux sang, quelque chose qui a l’air d’une cape et, bien sûr, des crocs.  Je n’étais pas très imaginatif de ce côté de toute façon.  La simplicité d’abord.  Après tout, je voulais tout simplement me donner le droit de participer au jeu de la quête des bonbons.

Pendant ce temps, en octobre 2012, quelques masques sont tombés, que ce soit dans le monde sportif ou à la commission Charbonneau.  En fait, ça a été une bonne année pour les tombeurs.  Parlez-en à Lance Armstrong.  N’en déplaise à Serge Postigo, par tombeurs, j’entends ici des gens a priori corrompus qui ont viré leurs costumes de bord et dénoncé quelques bonnets plus gros qu’eux.  Certains vont même jusqu’à se déguiser en ange tout en se targuant d’avoir dansé avec le diable (monsieur Zampito je regarde dans votre direction).  On les a applaudis.  De mon côté, j’ai juste assisté silencieusement au défilé des costumes sans trop savoir comment réagir.

Puis, je me suis demandé pourquoi ils le faisaient et pourquoi nous en étions arrivés là dans notre société.  Parfois, c’est en regardant avec ses yeux d’enfants qu’on redécouvre des pistes de réflexions, de nouvelles approches pour résoudre un problème.  Je me suis donc demandé WWJJD : What would le jeune Jutras Do ?  … Retour quelques années plus tôt.

 

Armé de mes crocs, je suis allé rejoindre mes deux amis tout de suite après l’école.  Le premier était déguisé en supervilain et l’autre en pirate.  À croire qu’on aime jouer aux méchants, comme s’il y avait quelque chose de mystique autour d’eux.  Soyons honnêtes, à talent égal, le méchant l’emporte plus souvent qu’autrement, en résultats et en charisme.  Après tout, le brigand se donne le droit de contrevenir aux règles.  Beaucoup plus glamour vous en conviendrez.

Nous étions dans les premiers du quartier à sortir dans les rues.  Après seulement trois ou quatre maisons, nous avons été confrontés à une situation pour le moins surprenante : à l’entrée d’une maison, un plat rempli de kiss trônait devant nos yeux avec une pancarte au-dessus nous souhaitant joyeux Halloween.  Personne du trio n’aimait vraiment les kiss.  Qu’est-ce qu’on a fait?  On a quand même tout pris, en trois parts égales.  On n’allait quand même pas s’arnaquer entre nous…

Nous étions de charmants petits enfants sans histoire.  Nous n’avions rien de bandits, mais nous avons quand même tout pris.  Pourquoi?  Premièrement, parce qu’on pouvait le faire sans risque de se faire montrer du doigt.  Aussi parce que notre but était d’en ramasser le plus possible.  C’était un gage de réussite, même si nous n’allions pas les manger.  On s’est également dit que si on ne le faisait pas, la deuxième batch d’enfants qui passerait à ladite maison le ferait.  Le cas échéant, ce serait nous les niaiseux dans l’histoire.  Comme si être honnête revenait à se faire flouer par le prochain voleur.

Personnellement, j’aimais surtout le chocolat, je mangeais peu de kiss, je détestais les jelly beans et les cigarettes Popeye.  Enfin, je mangeais au final seulement quelques suçons.  Si bien que chaque année, je mangeais un faible pourcentage de ma récolte.  Mais chaque année, je m’assurais d’en prendre le plus possible.  Est-ce que je distribuais mes surplus à d’autres enfants ?  Pas vraiment.  Peut-être à mes sœurs, mais de mémoire je n’ai jamais offert la balance de mes bonbons à mes amis.  J’attendais quelques semaines, à me faire accroire que je les mangerais, puis j’abandonnais le projet et les jetais.

 

À quel point suis-je en mesure de dire que je n’aurais pas fait la même chose que monsieur TPS confronté à la même situation ? Qu’est-ce qui fait que la mafia fait ce qu’elle fait ?   Me serais-je dopé si j’avais su que le risque de me faire prendre était plus petit que les chances de devenir champion du monde ?   Plus ça va, plus j’ai l’impression que ce sont des enfants qui jouent au même jeu que moi à l’époque, à la simple différence qu’ils collectionnent de l’argent et/ou de la gloire.  Comme si nous avions tous un petit vampire en nous, prêts à aspirer le sang d’une éventuelle proie.

C’est ainsi que les bandits se costument en gentils et les gentils se donnent des airs de bandits avec leur déguisement de dur à cuire.  Tout ce beau monde se déguise à l’année pour aller chercher un maximum de gain personnel.  La quantité avant tout, on trouvera plus tard son utilité.  Pourquoi, malgré leurs milliards, continuent-ils de s’affairer dans un monde où les dés sont pipés en leur faveur ?  Premièrement parce qu’ils le peuvent.  Aussi, il est fort probable qu’ils ont dans l’idée que s’ils ne le font pas, quelqu’un d’autre prendra inexorablement la place.  Ce faisant, ils deviendraient les dindons de la farce de ne pas avoir saisi l’occasion alors qu’elle était présente.  Bref, c’est un jeu, et personne n’aime perdre au jeu.

À partir de là, quiconque a dans l’idée que son voisin triche les autres pour gagner plus que sa part sera tenté de le faire à son tour.  C’est ainsi qu’une longue chaîne est créée.  Que ce soit le chauffeur de taxi qui prend un chemin plus long, un marchand qui vous vend un produit de mauvaise qualité en connaissance de cause, un mécanicien qui essaye de vous en passer une p’tite vite, un fonctionnaire qui falsifie des rapports, ils finissent toujours par se justifier qu’eux aussi à un moment donné ou un autre ils se sont faits floués par une tierce personne, expliquant ainsi leur comportement fautif.

En réalité, la majorité des gens voudraient participer au bal costumé.  On aime tous les bals costumés.   Tout le monde finit par se servir en se justifiant que les autres aussi le font ou le feraient.  Idem pour les politiciens ou élus municipaux…. jusqu’à ce qu’ils se fassent prendre la main dans le sac.  Dès lors, ils évaluent leurs options de façon à s’en sortir du mieux qu’ils le peuvent.  Parfois ça se traduit en délation, d’autres fois en déni total et quelques rares fois en aveux.

WWJJD ?  Jusqu’à preuve du contraire, la même chose qu’eux, probablement.

 


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