La fête à qui qui ?

La fête à qui qui ?

Ne vous détrompez surtout pas. J’aime le développement de la technologie. J’aime les avancées que l’on fait dans le monde informatique. Internet est parfois même ce que je qualifierais de magique. Cela amène par contre parfois son lot de complications ou de frustrations. Prenons un exemple tout simple, le satané livre de la face. Bien que Facebook possède certains avantages indéniables, il m’a enlevé un avantage marqué que j’avais sur plusieurs gens dans le passé : j’ai toujours retenu les dates de fête des gens. Facebook fait mieux : il les annonce à tout le monde. J’étais en quelque sorte un imposteur (explications plus loin), Facebook en a créé une armée.

Avant que Facebook n’existe, afficher sa date de fête était quelque chose d’un peu plus marginal et il n’existait pas de réseau social accessible à tout le monde pour s’assurer de n’oublier personne. Et malgré ça, je n’oublias personne…et je leur faisais savoir! En fait, là était mon imposture : ce sont les dates que je n’oubliais pas, pas les gens. Dans ma tête, les gens sont attachés à leur date de naissance
comme on peut se rappeler du parti au pouvoir sans savoir le nom du chef.

Avant, je n’avais pas nécessairement accès à l’information, mais je la possédais quand même et je m’en servais. Aujourd’hui, j’ai accès à l’information, mais le fait qu’elle soit accessible à tout le monde me donne l’impression que je suis obligé de m’en servir et m’enlève l’envie de l’utiliser.

Bref, même si j’étais près ou loin de la personne, un simple message pour lui signifier que je me rappelais que c’était sa fête semblait suffisant pour la toucher. Le temps d’un instant, l’illusion (ou la confirmation) d’une certaine proximité prenait forme. Après tout, personne n’est plus important que soi-même et le fait qu’une personne moyennement proche de nous se rappelle de notre fête et prenne la peine de nous le signifier a quelque chose de flatteur en soi. Cela pouvait même parfois m’aider à reprendre contact avec des gens que j’avais négligés trop longtemps. Donner de l’importance à quelqu’un revient un peu à « l’obliger » dans sa perception à vous en donner.

Or ceci n’est plus vrai, du moins pour les utilisateurs de Facebook. On annonce la fête des gens jusqu’à 2-3 jours à l’avance et le jour J, c’est le festival du bonne fête pour remplir le mur du jubilaire de mots pas toujours sentis. Plein d’imposteurs comme moi, mais en moins raffiné.

Je ne sais pas pour vous, mais pour moi le problème va encore plus loin. Je me sens obligé bien souvent – par pression sociale je présume- de souhaiter bonne fête à quelqu’un juste parce que « tout le monde » avant moi l’a fait et parce que parmi eux, plusieurs sont encore moins « amis » que je peux l’être avec le /la fêtée. Je suis sagement la parade. Je me convaincs que c’est un bien faible sacrifice de mon temps. Mais ça me dérange quand même.

Évidemment, la plupart du temps, je suis bien content de pouvoir souhaiter un bon anniversaire à quelqu’un que j’aime bien, mais parmi mes ~700 amis (quand même une moyenne de 2 par jour!), combien me donnent réellement envie de leur souhaiter bonne fête? Je préférais l’époque où je pouvais jouer sur la perception des amis « zones grises ». Non pas que je voulais induire qui que ce soit en erreur, simplement que c’est le genre de mensonge blanc qui n’avait que du bon.

Traitez-moi de cinglé si vous le voulez, mais il m’arrive aussi d’être déçu que la fête de quelqu’un arrive « aussi vite ». Certaines situations font en sorte que vous préféreriez arriver à donner des nouvelles à une personne avant que ça soit sa fête afin que la spontanéité de la chose fasse plus d’impact. D’autres fois, vous êtes en froid avec quelqu’un et « l’obligation » de lui souhaiter bonne fête vous place dans une impasse. Avant, on pouvait se permettre « d’oublier » parce que de toute façon ce n’était pas la norme de se rappeler des anniversaires de tout le monde. Maintenant, on ne peut plus faire comme si on ne savait pas. Sans oublier que pour le jubilé, il existe toujours cette part de doute comme quoi vous n’avez que suivi votre fil de nouvelles …

Un jeu que j’aime faire en réaction à ce fléau qu’a créé FB est de trouver des amis qui n’ont pas inscrit leur date de fête et leur souhaiter un long message de bonne fête, créant une pression sur tous les amateurs de « newsfeed » d’en faire autant. Vous savez quoi? Ça fonctionne!

Ironie du sort, j’ai moi-même ajouté ma date de fête il y a quelques années et je vais même vous faire une confidence. Je l’ai ajoutée parce que je ne suis pas certain que j’aurais aimé que mes 700 amis passent tout droit le 21 juin juste parce que de nos jours au royaume des moutons, Facebook est le roi. Pendant 24 heures, je me donne le droit à cette attention dopée par les réseaux sociaux.  Je le sais, vous le savez, mais malgré tout, il arrive qu’on préfère jouer le jeu.

P.S. : Bonne fête Kiki! Thank god, merci à Facebook, j’ai toujours pensé que ta fête était le 23…

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